La production lithique
     Le matériel archéologique

Le matériel archéologique découvert à La Picardie, lors des opérations de sondages et de fouilles, provient des couche 1, 2 et 3. Il est uniquement lithique.

L’industrie récoltée est homogène du point de vue technologique et typologique et correspond à la série provenant des ramassages de surface. La répartition des densités en masse sur les espaces fouillés montre des différences très nettes. Des concentrations de masse supérieure à 9 kilogrammes dans le carré G-11, sont équivalentes aux zones les plus riches en cours de fouille sur le site des Maîtreaux.

Sans posséder de donnée quantitative pour l’instant on peut simplement noter la forte proportion d’outils, dominée par les burins du Raysse, des burins sur troncature, les grattoirs et des armatures à retouche marginale. Deux gros éclats retouchés, évoquant des racloirs, constituent probablement des supports de burins du Raysse non utilisés.


Un burin du Raysse simple (dessin T. Aubry)


     La production laminaire

De fortes lames de largeurs supérieures à 3 cm et de plus d’1 cm d’épaisseur sont systématiquement fragmentées, dans de nombreux cas selon des fractures de type Corbiac. Elles semblent avoir été, au moins pour certaines matières premières, produites sur place d’après la présence de pièces technologiques du type tablettes, néocrêtes et flancs de nucleus. Le premier examen révèle un processus opératoire, où la table laminaire est orientée par une crête, les flancs du nucléus sont le plus souvent corticaux, le débitage s’effectuant à partir d’un plan de frappe préférentielle et dans un plan frontal. Les talons observables révèlent une préparation par facettage soigné et une forte abrasion.
Ces lames portent une retouche unilatérale ou bilatérale le plus souvent, discontinue, parfois plus marquée et écailleuse. Il est difficile de quantifier le taux de transformation des supports. En effet, dans certains cas la modification du bord évoque les endommagements imputables à la cryoturbation. Néanmoins de nombreux outils peuvent être distingués sur des supports laminaires soignés : des burins (mais peu "du Raysse"), des grattoirs, et des lames retouchées sans équivoque.


Trois grandes lames fracturées ayant servis de supports à des outils. De gauche à droite : un burin, une lame retouchée et un grattoir.


     La production lamellaire

Le deuxième objectif de production, sur le site de La Picardie, est constitué par des lamelles. Elle sont très nombreuses et le plus souvent fragmentées. Aucun nucléus prismatique à lamelle n’a été découvert. 

Les assemblages lithiques du site de La Picardie ont été analysé par Laurent Klaric dans le cadre d’une Thèse de l’université de Paris I. Celui-ci propose un schéma de production de supports de lamelles retouchées à partir des burins du Raysse. Son étude est développée dans la page sur les "nucléus" du Raysse.


Les lamelles issues des burins du Raysse et retouchées constituent un type d'armature original, distinct des lamelles à dos et des microgravettes.


     Origine des matières premières lithiques

Les caractéristiques macroscopiques des silex indiquent l'exploitation majoritaire des affleurements de silex distant de quelques centaines de mètres vers le Nord. A celle-ci s'ajoute l’utilisation de plusieurs gîtes détectés dans un rayon de moins d’un kilomètre en direction de l’Ouest. 
Une variété de silex de teinte grise foncée, représentée uniquement par des supports laminaires et lamellaires, ne correspond pas aux silex locaux et fera l’objet d’une caractérisation du contenu en matière organique. 
Un galet plat de roche métamorphique, catégorie pétrographique absente des alluvions de la Claise, provient probablement des terrasses alluviales de la Creuse, distante d’un minimum de 8 kilomètres au sud du site de la Picardie.
 

     Attribution chronologique de l’assemblage lithique de la couche 2

Les caractéristiques typologiques et technologiques du matériel lithique provenant de la couche 2 de La Picardie sont originales dans le contexte de la Vallée de la Claise et correspondent à celles des industries du Gravettien, dites à burin du Raysse (ou de Bassaler), datées entre 25.500 et 26.100 B.P.par le procédé A.S.M. pour la couche 4 supérieure de l’abri Pataud.

Le seul site de comparaison dont on dispose localement est celui de l’Abri Fritsch, distant de 15 km du site de La Picardie, où des burins du Raysse sont présents au sein de la couche attribuée à l’Aurignacien. L’existence de lentilles charbonneuses, intermédiaires entre les niveaux aurignaciens et périgordien supérieur à microgravettes, a d’ailleurs été signalée par O. Charbonnier et explique probablement cette présence (Charbonnier, 1962).

Le site d'Arcy-sur-Cure (Yonne) présente aussi des niveaux gravettiens avec des lamelles retouchées semblant provenir de burins du Raysse.

La comparaison avec les sites du Nord de la Vienne, où l’utilisation des silex du Turonien supérieur a été notée, et celui d'Arcy-sur-Cure, sera probablement intéressante.


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