Les fouilles de La Picardie

 
     Présentation du site
 
Le site de La Picardie est localisé sur un plateau, d’altitude comprise entre 135 et 136 mètres, situé entre deux affluents de la rive gauche de la Claise. Des calcaires lacustres de la limite Ludien supérieur/Stampien inférieur affleurent à une centaine de mètres de l’emplacement des sondages effectués.

Le gisement a été découvert par Bertrand Walter lors de prospections systématiques de la commune de Preuilly-sur-Claise. En 1998, 1999, 2001 et 2003, il a fait l’objet d'interventions dirigées par Thierry Aubry et Bertrand Walter, puis, en 2004, par Laurent Klaric. Ces fouilles ont permis de montrer la conservation d’une forte densité de vestiges lithiques attribuables au Gravettien (Périgordien supérieur V), sur des bases typologiques et technologiques. 

Ci-contre : Site de La Picardie : décapage de la première couche remaniée (1999)

     Données stratigraphiques

La séquence stratigraphique a fait l’objet d’une description détaillée par Morgane Liard

La première couche présente une couleur brune et une macro-porosité héritée de l'usage cultural de cet horizon. De nombreux éléments grossiers, absents dans les couches inférieures (excepté les éclats de silex), ont été intégrés au sédiment, probablement à la suite d’amendements (la couleur du sédiment indique un apport en matière organique). Il s'agit de morceaux de brique, de débris calcaires ou encore de fragments de tessons vernissés d'époques récentes. On peut parler d'horizon de labours, dont la limite avec la couche inférieure est soit très nette soit ondulée, suivant que matériel de la couche 2 ait été remonté ou non, lors d'un labourage un peu plus profond.

La couche 2 est texturalement identique à la couche 1, mais parait plus carbonatée. La fraction grossière du sédiment est constituée d'un sable quartzeux ferrugineux. Les analyses granulométriques ont montré qu’elle est majoritairement argileuse et secondairement limoneuse puis sableuse. Cette couche présente de nombreuses taches d'oxydation, de couleur orange. Cette caractéristique permet d'évoquer un horizon dit bariolé. De telles dénominations sont employées par les pédologues pour les traits d'hydromorphie reconnus dans les sols. Il est possible d'évoquer une ségrégation du fer de type rédoxique dans cette couche, on y observe en effet des juxtapositions de plages, de traînées grises et de taches de couleur rouille. Ces traits, pour se former, nécessitent une alternance de périodes de saturation en eau et de non saturation de l'horizon.
 

     Sondages et fouilles de 1998, 1999 et 2001

Les sondages de 1998 ont été effectués dans un axe Est/Ouest. Au total, 5 carrés de 1 m² ont été fouillés sur une aire de près de 30 m². Il y fut constaté des différences nettes de densité en vestiges lithiques et la présence de la totalité de classes de taille des vestiges, dans les carrés les plus riches, avec une abondance d'esquilles. Cette situation suggérait des déplacements horizontaux réduits sur une surface topographique pratiquement horizontale
 
Les fouilles de 1999 se sont organisées en limite de l’axe sondé en 1998, sur une surface plus importante afin d’évaluer les différences de densité des catégories de vestiges et obtenir des séries fiables pour l’étude de cette période pour laquelles nos connaissances sont des plus réduites dans la région.
Une cryoturbution intense, correspondant probablement au dernier maximum glaciaire (environ 20.000 ans B.P), a entrainé des mouvements verticaux des objets

Ci-contre : Vue en coupe de la couche 2. Les objets apparaissent à la verticale. A droite : grande lame fracturée. (1999)
 

La couche 3, atteinte à une profondeur moyenne de 50 à 60 cm, a été fouillée sur un seul mètre carré. Un unique vestige lithique a été découvert. 

En 2001, l’aire fouillée en 1999 a été étendue dans le secteur où les densités de matériel était les plus fortes (carrés D-9/12, E-10/12 et F-9). Cette première phase de la fouille a permis de délimiter les limites de concentration du matériel qui se réduit fortement vers le Nord.
Dans un deuxième temps, des sondages au stylet-sonde ont été effectués selon la méthodologie mise au point par J. Gaussen (1983) qu’il a appliquée à la détection d’occupations de plein air datant du Paléolithique supérieur, dans la vallée de l’Isle. Cette méthode s’est révélée particulièrement efficace pour détecter des vestiges enfouis à faible profondeur (moins d’un mètres) dans des sédiments à texture fine. Ces deux conditions étant réunies sur le site de La Picardie, des tests furent donc réalisés systématiquement, selon un espacement de 50 cm, sur des lignes espacées d’un mètre.
Il fut constaté l’absence d’indice vers le Sud et l’existence d’une autre concentration de vestiges, distante d’une dizaine de mètres de celle déjà fouillées, conservés dans la couche 2.

Il fut décidé d’observer la nature des indices rencontrés. Un sondage fut donc effectué dans les carrés F-97/99, E-98 et G-98, en limite de la zone de plus forte concentration de tests positifs. Il permit de confirmer la séquence stratigraphique observée auparavant et de mettre en évidence un autre type de concentration de vestiges : une forte densité de dalles de calcaire siliceux (calcaires lacustres de la limite Ludien supérieur/Stampien inférieur) adossées les unes contre les autres fut découverte. Ils sembleraient provenir de quelques dizaines de mètres vers la pente qui limite le plateau, où les calcaires et meulières tertaires sont naturellement en affleurement.

Le démontage des dalles mises au jour lors du décapage et la fouille de deux ¼ de mètres carrés (A et B) du carré F-97, a permis de mettre en évidence deux niveaux de dalles, entre lesquelles s’intercale un niveau de moins de 10 centimètres de vestiges lithiques en position horizontale. La cryoturbation ne semble pas avoir affecté les vestiges de cette zone.
 
 
  Les résultats des fouilles de 2003 et 2004
 
La fouilles de 9 m² adjacents à la zone sondée en 2001 permet d'obtenir une meilleure vision de l'extension de la structure et des zones de densité de silex. 

La Picardie 2003, fin du premier décapage de la couche 2, vu du côté Sud. Les éclats et outils de silex ont déjà été relevés. Il ne reste plus que la structure de blocs en calcaire siliceux, à l'exception de ceux retirés de la zone sondée en 2001 (carrés en forme de croix, plus clairs sur la photo).

Les opérations de 2003 et 2004 ont permis de récolter plus de 3860 vestiges lithiques coordonnés spatialement (et probablement plus de 10 000 pièces si on inclut tous les artefacts inférieurs à 2 cm). Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur la répartition des silex. Néanmoins, malgré quelques perturbations (intrusions de racines), les concentrations restent lisibles. Il semblerait que ce soient de véritables amas de débitage (comme sur le gisement solutréen des Maîtreaux), puisque la répartition horizontale des silex se présente sous la forme de "nappes".
 

Un premier travail de recherche de raccords et remontages sur le matériel issu des opérations de 2001 et 2003 a été entrepris peu avant la fouille de 2004. 109 liaisons ont été ainsi effectuées.Ce sont surtout des raccords de pièces cassées. Les véritables remontages ont été beaucoup plus difficiles à mettre en œuvre à cause de différents problèmes. Tout d’abord, la très grande homogénéité des aspects de surface des pièces et de la matière première (silex du Turonien supérieur) rend difficile les rapprochements. De plus, certains mètres carrés n’étant pas, à l’époque, complètement fouillés, des pièces manquaient certainement. Néanmoins, plusieurs éléments ont pu être remontés, mais il ne correspondent pour l’instant qu’à de très petites séquences comportant au mieux 5 pièces. Ce travail sera donc poursuivi et complété.
Ci-contre : Décapage 3 de la couche 2 des carrés F96B-D et F97A-C, vu du côté Ouest (2003).

Un très important amas de silex recouvrait la partie vide, en haut à gauche de l'image, mais il a été entièrement relevé en 2001. Seuls apparaissent donc les bords de cet amas, non dégagés cette année là. 

En haut de l'image, un arc de cercle de blocs de calcaire rubéfiés pourrait indiquer la présence d'un foyer. Mais aucun silex brûlé n'a été découvert dans cette zone. Ces calcaires brulés se trouvaient enfouis sous l'amas de silex, lui même recouvert sous 3 gros blocs de calcaire siliceux (voir plan du site). Si ces blocs ont été apportés par l'homme (ce qui n'est pas encore démontré), cela démontrerait la présence de plusieurs occupations successives.
 

La majorité des blocs de calcaire siliceux ne sont pas directement associés aux concentrations lithiques, mais se situent en position sus-jacentes. Cependant, certains (de plus petits calibres) se retrouvent parfois intimement mêlés aux concentrations mais il faut rappeler que cette position peut-être le fruit de phénomènes géologiques liés aux conditions périglaciaires. A l’exception des blocs brûlés qui semblent nettement se situer dans la partie inférieure du niveau à silex, les blocs siliceux ne semblent donc pas en « relation directe » avec l’occupation préhistorique datée du Gravettien. Il est donc délicat pour l’instant de se prononcer sur l’interprétation de ce niveau de blocs.  Plusieurs hypothèses peuvent être envisagées :
- Cette accumulation résulte de phénomènes naturels liés aux conditions périglaciaires. Néanmoins, l’hypothèse d’une remontée de ces blocs d’un substrat plus profond peut être éliminée. en effet, les sondages à la tarrière et un sondage profond en F97 semblent exclure cette possibilité. De plus, si tel était le cas, il serait fréquent de rencontrer des silex au dessus des blocs alors que ce n’est que très rarement le cas.
- Ces blocs auraient été apporté par des hommes. A ce jour aucun de ces blocs ne présentent de traces d’aménagement anthropique et nous ne pouvons affirmer qu’ils correspondent bien à un niveau d’occupation culturel. Mais si c'était le cas, cet apport aurait pu être postérieur à une première occupation correspondant au dépôt d'une partie des silex. Cela impliquerait que nous sommes confrontés à plusieurs occupations successives dans le temps.
- Certains blocs pourraient déjà avoir été apportés à l'occasion d'une première occupation, puis déplacés et réemployés à l'occasion d'une ou plusieurs occupations postérieures.
- Les blocs auraient pu être empilés (formant la base d'une structure périssable) et seraient tombés sur les silex postérieurement à l'abandon du gisement. Cette hypothèse nous paraît difficilement soutenable en l'état actuel de nos connaissances. Les blocs, vu leur poids et leur éloignement respectif, semblent disposés d'une façon qui ne peut véritablement correspondre à ce scénario.

Quoiqu'il en soit, il nous semble encore difficile de proposer une véritable interprétation de cet (ou ces) assemblage(s).


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