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les "nucléus du Raysse" |
Etude réalisée par Laurent Klaric.
Cette étude a été reprise, développée et publiée dans le Bulletin de la Société préhistorique française, 2002, tome 99, n°4, p. 751-764.
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Introduction :
Depuis le dernier quart du XX° siècle, les apports de la technologie lithique ont permis de remettre en cause la finalité de certaines pièces primitivement identifiées comme des outils. Il est aisé de citer la plupart des travaux consacrés à l’Aurignacien, période qui constitue encore à l’heure actuelle le terrain privilégié de ces nouvelles études (Le Brun-Ricalens et Brou, 1997 ; Bon, 2000 ; Lucas 2000). Cependant, un certain nombre d’outils appartenant à d’autres phases du Paléolithique supérieur, et notamment au Gravettien, ont déjà fait l’objet de débats quant à leur statut fonctionnel (Klaric, 1999 ; Le Mignot, 1998 et 2000 ; Lucas, 2000). Le Burin du Raysse (ou de Bassaler), une pièce caractéristique de la fin du Gravettien moyen, a été défini non seulement par l’expression très systématique de son type mais aussi et surtout par un processus de fabrication très normatif (Movius et David, 1970) que nous reproduisons ici (Fig.1).
Fig. 1 : Représentation schématique des 5 stades de fabrication d'un burin du Raysse (Movius et David, 1970, p.451) Depuis son identification et sa caractérisation
par Movius et David, ce « fossile directeur » n’a cessé
de faire l’objet de polémiques (Movius et David, 1970 ; Pradel,
1965, 1966 et 1971). La dernière en date étant son interprétation
fonctionnelle comme nucléus à lamelles, hypothèse
souvent avancée mais rarement démontrée incontestablement
(Le Mignot, 2000 ; Lucas, 2000). La découverte récente de
nombreux burins du Raysse sur le gisement de La Picardie a permis de relancer
le débat concernant ces pièces. Ce site, bien qu’impossible
à dater précisément étant donné l’absence
totale d’os ou de charbon, a été attribué à
une phase moyenne du Gravettien sur la base de la présence massive
de ces pièces (Aubry et al., 1999). La présente étude
constitue donc une première approche des modalités de production
lamellaire du gisement. La découverte d’un nouveau type d’armatures
ainsi qu’une analyse technologique fine permettent enfin de mettre en évidence
le rôle de nucléus à lamelles des burins du Raysse.
I.
Des lamelles retouchées confectionnées sur des supports lamellaires
issus de « burins du Raysse » :
Il ne s’agit ni
de lamelles à dos, ni de microgravettes, mais simplement de lamelles
à retouches marginales mais qui présentent des caractéristiques
tout à fait particulières et dont nous pensons qu’elles sont
propres à définir un nouveau type. En l’absence de schéma
classique de production de lamelle à partir de nucléus (sur
petits blocs ou éclats) ou de preuve de l’existence d’autres modalités
d’obtention de supports lamellaires, les burins du Raysse apparaissent
comme le seul schéma de production lamellaire présent sur
le site. En effet, le gisement de La Picardie en a livré 62 et en
revanche aucun nucléus à lamelles stricto sensu. Notre premier
argument permettant de rapprocher les burins du Raysse des armatures microlithiques
consiste donc en l’affirmation que ces artefacts sont les seuls à
avoir livré des lamelles (Fig. 3). Mais il faut également
préciser que les supports de plusieurs armatures présentent
des caractéristiques morphologiques propres aux lamelles provenant
de burins du Raysse (cf. infra I.b.)
a. Les arguments en faveur du rôle de nucléus à lamelles des burins du Raysse : Jusqu’à présent, l’un des principaux arguments que l’on pouvait opposer à l’interprétation des burins du Raysse comme nucléus à lamelles résidait dans la quasi-absence (ou absence totale) d’armatures microlithiques typiques du Gravettien (microgravettes ou lamelles à dos) dans les assemblages se rapportant à cette phase particulière. Or, la découverte en assez grande quantité (45 pièces dont une entière, 14 proximaux, 15 mésiaux et 14 distaux et un fragment autre) d’un nouveau type d’armatures particulières à La Picardie à enfin permis de mettre à bas cet argument (Fig. 2a).
Fig. 2a : Quelques armatures microlithiques
de La Picardie (Indre-et-Loire).
Fig. 2b : Rappel des principales caractéristiques des armatures.
Fig. 3 : Quelques exemplaires de nucléus ("burins") du Raysse simples (1 à 4) et doubles (5-6). (La Picardie - Indre-et-Loire) De plus, les burins du Raysse au nombre de 62 affichent un nombre total de négatifs lamellaires pouvant avoir donné un support utilisable pour la confection d’une armature est d’au moins 54. Outre l’apparentement morphologique des lamelles retouchées et des négatifs lamellaires présents sur les burins du Raysse, nous pouvons aussi avancer la compatibilité dimensionnelle. En effet, la comparaison des largeurs et épaisseurs des armatures aux largeurs et « profondeurs estimées » des négatifs lamellaires présents sur les burins montre clairement leur compatibilité (Fig. 4). Il s’agit donc là encore d’un autre argument nous permettant d’asseoir notre hypothèse.
Fig. 4 : Histogrammes de comparaison
des données métriques des armatures et des négatifs
lamellaires sur les nucléus ("burins") du Raysse.
Les armatures microlithiques que nous avons identifiées sur le gisement ne peuvent pas simplement être définies par le type de retouche qui les affecte. En effet, ces pièces sont non seulement caractérisées par des aspects de retouches mais aussi par la morphologie même des supports sur lesquels elles ont été réalisées. En fait, il s’agit même d’aller plus loin en affirmant que l’originalité de ces armatures tient au fait qu’elles ont probablement toutes été confectionnées sur des lamelles extraites de pièces typologiquement reconnues comme des « burins du Raysse ». La définition du type de ces lamelles prend donc en compte deux aspects : l’un technologique (avec l’identification d’une chaîne opératoire spécifique d’obtention des supports) et l’autre typologique (avec les caractéristiques de la retouche). b. Définition morpho-technologique des lamelles supports d’armatures : Pour plus de clarté nous commencerons par exposer les caractéristiques des lamelles utilisées pour la confection des armatures, en insistant bien sur les aspects techniques qui nous ont permis de les identifier comme des produits issus de burins du Raysse. · Les vestiges de la retouche tertiaire du biseau : Les burins du Raysse ont été définis par Movius et David ainsi que par le Dr Pradel (Movius et David, 1970 ; Pradel, 1965, 1966, 1971). Bien que la paternité de la définition du type ait donné lieu à controverse, les auteurs s’accordaient à reconnaître l’importance de cet aménagement particulier que constituait la retouche tertiaire. En anticipant quelque peu nous rappellerons seulement qu’il s’agit d’un aménagement pratiqué sur la partie proximale du chanfrein, après l’extraction d’une lamelle de burin. Cet aménagement consiste en une réduction de la largeur du biseau par un ou une série d’enlèvements dirigés vers la face supérieure du support (Fig. 1). Nous reviendrons ultérieurement sur l’importance technologique de cet élément technique, mais il convient de souligner qu’un nouveau coup de burin porté après un tel aménagement conduit à l’obtention d’une lamelle avec une partie proximale particulière. En effet, celle-ci est porteuse d’une petite partie de cette retouche tertiaire (Fig. 2a, n° 1 à 5). En fait la lamelle paraît, plus ou moins dissymétrique (selon l’intensité de la retouche tertiaire), avec une espèce d’épaulement en partie proximale gauche. Il s’agit là, probablement, de l’élément le plus diagnostique de la provenance technologique des supports lamellaires.
Fig. 5a : Histogrammes des classes de Largeur et d'Epaisseur des armatures microlithiques.
Fig. 5b : Nuage de points des Largeurs et Epaisseurs des armatures microlithiques. · Le pan-revers (ou fragment du revers-support ) : L’avers (ou face supérieure) d’une lamelle provenant d’un burin du Raysse est théoriquement toujours constitué d’un pan qui est en fait un petit morceau du revers du support (lame ou éclat) d’où a été extraite cette lamelle. Il faut noter que ce pan est toujours latéralisé à droite (Fig. 2a, n° 1 à 4 par exemple). Son identification n’est pas toujours aisée mais reste possible lorsque, en appliquant une tige rigide perpendiculairement à l’axe longitudinal de la surface présumée, on constate qu’il n’y a qu’un seul point de contact (et non deux comme on peut en observer en répétant l’expérience sur un vrai négatif burinant par exemple). En fait, cet élément est lié au caractère souvent légèrement convexe de l’axe transversal de la face inférieure d’un gros éclat ou d’une lame (par opposition, un négatif, lui, présentera deux points de contact car cette surface sera -dans son axe transversal- légèrement concave). Un autre élément peut également faciliter l’identification d’un pan-revers : certains supports utilisés pour la confection des « burins du Raysse » présentent des faces inférieures très marquées par certains stigmates : les lancettes. Celles-ci se répartissent parfois de manière radioconcentrique sur les bords mais aussi en partie distale. Or, les lamelles provenant de « burins du Raysse » emportent comme nous l’avons dit une partie de la face inférieure du support, il arrive donc que le pan-revers des lamelles puisse porter des lancettes (très marquées) appartenant à la face inférieure sus-mentionnée. Ces « pseudo-lancettes » se présentent donc (sur le pan-revers) orthogonalement ou obliquement au sens du débitage de la lamelle. · La dissymétrie de la section : En étroite association avec le pan-revers, la dissymétrie des sections est également un point à retenir. Par dissymétrie, nous entendons qu’un des pans de la face supérieur de la lamelle est beaucoup plus court par conséquent plus abrupt que le ou les autres. En général, il s’agit du pan droit (donc fréquemment le pan-revers), ce qui vu l’épaisseur des lamelles (entre 1 et 4 mm, cf. infra) confère à la section un aspect dissymétrique, un bord plus ou moins abrupt (le droit) étant alors opposé à un bord plus fin et tranchant (le gauche) (Fig. 2a). · L’extrémité distale (Fig. 2a, n° 6 à 10) : La partie apicale de l’armature semble toujours correspondre à l’extrémité distale de la lamelle qui peut apparaître sous différentes formes : en général il semble que cette la partie distale ait été naturellement appointée tout en présentant une certaine dissymétrie. En effet, le bord gauche présente fréquemment une convergence plus ou moins accusée vers le bord droit (celui qui porte la retouche) qui lui reste plutôt rectiligne (Fig. 2a, n° 1, 6, 8, 9). Cette caractéristique est également observable sur bon nombre des négatifs lamellaires visibles sur les burins du Raysse. Cependant il faut également souligner que cette extrémité distale peut aussi être plus ou moins rebroussée (Fig. 2a, n° 1) ce qui diminue quelque peu son caractère pointu ou effilé. Précisons également qu’un certain nombre d’extrémités distales ne sont ni pointues ni effilées mais plutôt large et en forme de trapèze ou de rectangle (Fig. 2a, n° 7 et 10), il semble dans ce cas que le profil de la lamelle puisse présente une certaine courbure (voire un très léger outrepassement) dans sa partie distale (Fig. 2a, n° 7). · Une variabilité dimensionnelle des armatures : Le dernier point sur lequel nous devons insister est l’apparente variabilité dimensionnelle des lamelles retouchées. Etant donné le caractère très fragmenté des armatures (une seule pièce entière), il n’est pas possible de déterminer quel a été le standard de longueur recherché par les tailleurs (si tant est qu’il y en ait un). En revanche, il est possible de définir un gabarit préférentiel à partir des largeurs et épaisseurs des lamelles retouchées. Ainsi il semble que pour une majorité pièces la largeur soit fréquemment comprise entre 7 et 10 mm et que l’épaisseur oscille entre 1 et 4 mm (Fig. 5a et 5b). En revanche 6 pièces présentent une certaine variabilité du point de vue de la largeur qui semble plus réduite alors que 6 autres montrent des gabarits plus importants à la fois du point de vue de la largeur et de l’épaisseur. Il est encore prématuré d’essayer d’expliquer cela mais nous pouvons toutefois avancer l’idée que le choix des hommes ne se limitait probablement pas à un gabarit dimensionnel strict. c. Une définition typologique simple : En
ce qui concerne la retouche à proprement parler, elle est systématiquement
directe et latéralisée sur le bord droit de l’armature, c’est
à dire sur le pan qui est en général le plus abrupt
(Fig. 2a-b). La retouche apparaît le plus fréquemment comme
marginale ou grignotante mais pas abrupte, bien que certaines pièces
puisent le laisser penser. En fait, comme la retouche est portée
par le pan le plus abrupt, elle peut sembler abrupte mais ce n’est le cas.
Une observation minutieuse montre bien que la retouche qui affecte le bord
droit des armatures est toujours très légère à
la fois du point de vue de l’intensité et de l’envahissement. Ajoutons
finalement que toutes les armatures ne présentent pas systématiquement
une retouche continue. Il semble en fait que celle-ci puisse présenter
une certaine discontinuité surtout lorsque la retouche est très
fine ou grignotante.
NB
: Nous avons essayé de résumer la plupart des points exposés
précédemment de manière synthétique (Fig. 2b).
II. Un principe de fonctionnement plus proche d’un nucléus que d’un burin ! Préambule terminologique : Nous prenons ici le parti d’employer un vocabulaire technologique et non typologique pour décrire les nucléus du Raysse. Ce choix repose sur un constat simple : la prolifération des appellations multiples et ambiguës pour désigner les pièces primitivement identifiées comme outils puis comme des nucléus conduit à une réelle confusion que nous souhaitons éviter. a. Choix des supports et principes généraux du débitage : A La Picardie, la plupart des supports utilisés pour les nucléus du Raysse sont indifféremment de gros éclats corticaux (ou non) provenant vraisemblablement des phases de préparation ou d’entretien des nucléus à lames soit des produits laminaires (vraies lames ou éclats laminaires) de forts gabarits présentant des sections larges et épaisses. Il arrive également que des supports de plus petits modules (lames ou éclats) aient été utilisés mais cela reste plus anecdotique. Les tailleurs semblent avoir privilégié des supports qui présentaient des faces inférieures bien régulières se prêtant bien (du fait de leur convexité naturelle) à l’installation d’un débitage lamellaire. La récurrence de la production lamellaire est donc d’installation facile et ne nécessite pas de mise en forme complexe. Ce choix semble logique dans la mesure où le débitage de ces lamelles repose sur un principe unipolaire avec un développement semi-tournant vers le plan (la face inférieure). Si l’unipolarité semble être la règle, nous devons souligner l’existence de pièces présentant des tables lamellaires « alternes », c’est à dire de sens opposés mais se positionnant chacune sur un bord différent ce qui conduit à des morphologies de « burin du Raysse double » (Fig. 3, n° 5-6). Le développement du débitage est semi-tournant vers le plan avec une utilisation des convexités naturelles de la face inférieure du support qui offre des conditions de cintre et de carène relativement favorables. Chaque nouvelle lamelle est détachée en utilisant comme guide la nervure de jonction entre le négatif lamellaire précédent et la face inférieure du support. Ce principe de débitage conduit inlassablement à un aplatissement rapide du cintre général de la table lamellaire ce qui oblige le tailleur à revenir au centre de la table ou plus fréquemment sur le bord de l’éclat ou la lame support afin de retrouver un cintre local plus fermé. b. Description d’un schéma opératoire « idéal » (Fig. 6) : Nous allons ici nous contenter de décrire un schéma idéal de débitage en essayant de mettre en évidence les différentes étapes de ce schéma et les comportements des tailleurs d’après ce que nous avons pu observer sur les pièces archéologiques. Soulignons le caractère partiel de ces informations qui sont appelées à être développées, précisées et nuancées dans un prochain travail (Thèse en cours).
Fig. 6 : Un schéma opératoire "idéal" du fonctionnement d'un nucléus du Raysse. · 1ère phase : Elle consiste en la mise en place du plan de frappe qui est en général aménagé par une troncature directe du support. Celle-ci peut-être droite, légèrement concave ou oblique. · 2ème phase : C’est à partir de cette surface qu’est extraite une première lamelle d’initialisation. Celle-ci est toujours latéralisée sur le bord gauche du support (que ce soit une lame ou un éclat). L’utilisation du bord du support comme nervure guide offre plusieurs avantage : un cintre très fermé et une carène en général rectiligne ou convexe qui peut (au besoin) être régularisée par une retouche directe afin de guider correctement l’onde de fracture à la manière d’une crête. Cette lamelle première, qui est souvent de section triangulaire assez forte, n’est jamais utilisée pour la confection d’une armature (tout au moins d’après celles que nous avons retrouvées). · 3ème phase : Est ensuite pratiquée la retouche tertiaire dont le rôle est de réduire la largeur du « biseau » (la partie proximale du négatif de la lamelle précédente) mais il faut préciser que la fonction de cet aménagement est surtout de faire saillir la future zone d’impact de la deuxième lamelle à extraire (Fig. 7a). Signalons que les tailleurs ont très souvent pratiqué des surcreusements latéraux de la troncature de l’autre côté de la nervure guide dans le but de rendre proéminent le futur point d’impact (Fig. 7b). Il s’agit là d’une forme de micro-éperonnage, d’où une réduction régulière et systématique de la longueur de la table lamellaire.
Fig. 7a : Le rôle de la retouche tertiaire : un mode de préparation pour faire saillir le futur point d'impact.
Fig. 7b : Le micro-éperonnage, un mode de préparation qui allie la retouche tertiaire et le surcreusement latéral de la troncature. · 4ème phase : Elle consiste simplement en l’extraction de la deuxième lamelle qui peut, si sa morphologie est satisfaisante, constituer un support recherché pour la confection d’une armature. · 5ème phase : Le tailleur reproduit la 3ème phase en pratiquant une nouvelle retouche tertiaire et un accessoirement un nouveau surcreusement latéral. · 6ème phase : extraction de la lamelle suivante. · etc., etc. Le débitage se poursuit ainsi jusqu’à ce que l’aplatissement progressif du cintre ne provoque un réfléchissement interrompant le débitage (cf. infra) ou ne contraigne le tailleur à revenir au centre ou sur le bord de la table afin de poursuivre (d’où le caractère semi-tournant du débitage). Toutefois, certaines pièces (n’ayant livré que deux ou trois lamelles) montrent clairement un débitage interrompu suite à une dégradation des convexités de la table (mais sans réfléchissement de la dernière extraction lamellaire). Cela pourrait laisser à penser que les tailleurs n’ont peut-être pas recherché (à tout prix) une productivité élevée. Pourquoi ne pas envisager que parfois l’investissement technique permettant de poursuivre le débitage soit supérieur à celui nécessaire à la réalisation d’un nouveau nucléus ? La question reste à approfondir. c. Autres aspects techniques du débitage : · Modalités d’entretien et de réfection des surfaces : Différentes modalités semblent avoir été employées par les tailleurs, une en particulier semble être relativement aisée à mettre en œuvre. Elle permet de redonner du cintre à la table lamellaire (pour lutter contre l’aplatissement progressif lié au débitage) et consiste en l’extraction d’une lamelle de fort gabarit dont le négatif résultant forme un angle très fermé (parfois voisin de 90°) avec le plan de la face inférieur. La table lamellaire se trouve ainsi nettoyée (en partie ou complètement) et présente une nouvelle nervure avec un cintre local très fermé propice à l’extraction d’une nouvelle lamelle. D’autres modalités de réfections ou d’entretien des surfaces existent probablement mais nous n’avons pas encore eu le loisir d’approfondir cette question. ·
L’arrêt du débitage :
Comme
nous le mentionnons précédemment, le principe de débitage
employé implique un aplatissement progressif et assez rapide du
cintre général de la table lamellaire. Le principal problème
lié à ce phénomène est un risque important
de réfléchissement de la lamelle en partie proximale. Il
semble que cet incident constitue d’ailleurs la principale cause de l’arrêt
du débitage (Fig. 3, n° 3 à 6). Nous pouvons cependant
invoquer d’autres problèmes qui conduisent également à
l’interruption des opérations de débitage : une trop grande
réduction de la table lamellaire (ce qui est rare) ou plus fréquemment
l’absence de nervure exploitable pour l’extraction d’une nouvelle lamelle
(problème lié à un négatif antérieur
outrepassé ou trop irrégulier ou encore à de petits
réfléchissements mineurs affectant les enlèvements
antérieurs et intervenant de plus en plus près de la partie
proximale).
· Gestes et modes de percussion : Presque tous les nucléus (burins)
du Raysse de La Picardie sont latéralisés du même côté
et il semble que cela soit une constante du point de vue de ces pièces
qui ont été décrites par de nombreux auteurs comme
systématiquement latéralisées à gauche. Il
est probable que ce caractère systématique soit lié
à un maintien et/ou à une gestuelle particulière.
Faut-il y voir un aspect pratique, cette latéralisation offrant
un certain confort pour un tailleur droitier ? Nous pensons, qu’il est
difficile d’en dire beaucoup plus en l’absence d’une expérimentation
sérieuse. La réalisation de quelques pièces expérimentales
par Thierry Aubry nous a montrée toute la difficulté d’obtenir
de manière systématique la section dissymétrique et
latéralisée que nous avons pu observer sur presque toutes
les armatures. Il semblerait donc que le geste de percussion ainsi que
le maintien du nucléus aient une grande importance. Nous avons également
observé que les lamelles pouvaient être indifféremment
obtenues par percussion tendre organique (bois de cerf de petit gabarit)
comme par percussion tendre minérale (gros galets de silex du Turonien
supérieur à cortex épais). Là encore nous tenons
à souligner le caractère très superficiel de ces observations
qui, en l’absence d’une expérimentation plus poussée, ne
doivent servir qu’à ouvrir de nouveaux questionnements.
III. Un mot des données fonctionnelles : Un rapide examen préliminaire effectué par Marianne Christensen (Maître de Conférence de l’Université de Paris I) sur un petit nombre de pièces (20 outils comprenant des grattoirs, des burins et des lames retouchées, issus du secteur le mieux conservé) a révélé un bon état de conservation général des états de surfaces des pièces. Cependant aucune ne montrait incontestablement de traces d’utilisation particulièrement caractéristiques. Seuls trois burins du Raysse furent observés et aucun ne porte de pas de trace d’utilisation typique des burins, ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils n’aient pas été utilisés. La tracéologie ne permet donc pas de confirmer incontestablement notre interprétation, il convient seulement de préciser que ce premier diagnostique n’a pas infirmé notre hypothèse. Sans doute convient-il de rester encore prudent tant que ce type d’approche ne sera pas généralisé à davantage de séries présentant un état de conservation satisfaisant. Conclusion : L’identification et la caractérisation d’un nouveau type de lamelles retouchées nous ont permis de démontrer, à La Picardie, que les « burins » (ou plutôt nucléus) du Raysse ont bien pu jouer le rôle de nucléus à lamelles. La démonstration que nous avons exposée n’est pas contradictoire avec la valeur de marqueur chrono-culturelle de ces pièces. Cependant, il ne s’agit pour l’instant que d’une première approche et nous ne souhaitons pas généraliser hâtivement nos conclusions à l’ensemble des séries gravettiennes à burins du Raysse. En effet nous ne pouvons écarter l’hypothèse que ces pièces aient pu avoir des statuts mixtes sur d’autres gisements. Cela nous conduirait alors à caractériser une « technique du Raysse » appliquée à différentes fins. Il faut donc désormais pister l’existence de ces nouvelles armatures sur d’autres gisements afin de confirmer ou d’infirmer leur caractère systématique, ce qui permettra aussi probablement d’éclaircir le statut exact des « burins du Raysse » à une échelle plus vaste. D’après les quelques observations que nous avons pu réaliser, il semblerait que cette modalité particulière de production lamellaire existe à la Grotte du Renne à Arcy-sur-Cure. Ajoutons que nous y avons également observé un grand nombre d’armatures (qui ne sont ni des lamelles à dos ni des microgravettes) très proches de celles de La Picardie. L’étude de ce gisement étant également en cours, il est encore prématuré d’en dire plus. Finalement, nous espérons poursuivre les différents travaux engagés (sur La Picardie et Arcy-sur-Cure) et développer une approche technologique approfondie de cette modalité de débitage qui pourrait (si elle est bien présente sur d’autres gisements) s’avérer un nouvel élément particulièrement intéressant pour la caractérisation de ce faciès encore mal connu qu’est le Gravettien à « burins du Raysse ». |
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